Bien organiser la bibliographie de son mémoire

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J’avais écrit il y a peu un article vous expliquant comment faire des recherches efficaces en TD. Le mémoire, sauf si vous faites une thèse, sera l’exercice le plus fastidieux et le plus long que vous aurez à réaliser durant votre carrière de juriste. Un bon mémoire se travaille sur de longs mois. Je ne vous apprends rien jusqu’à présent. Qui dit marathon, dit optimisation, histoire de ne pas trébucher ou s’évanouir en cours de route. C’est le but de cet article. Je vais vous parler de comment j’ai fait pour organiser ma bibliographie (énormissime !) de mon mémoire de Master 2. Il s’agit d’une méthode parmi tant d’autres. Elle m’a permis d’avoir 16 à ma soutenance. Si vous utilisez déjà une autre méthode qui marche sur vous, gardez-là !

Ici, je ne vais pas vous expliquer comment rechercher la documentation du mémoire. Je vous renvoie à cet article (méthode) ou à celui-ci (bases de données méconnues). Passons au cœur du sujet !

La bibliographie, épine dorsale du mémoire

Vous vous imaginez bien qu’un maçon sans matériaux ne peut absolument rien bâtir. Il n’est ni Gandalf, ni Thanos. Il a besoin de briques et de ciment. La bibliographie, c’est ça ! Sans elle, impossible de développer quoique ce soit, d’établir un plan ou tout simplement de voir son mémoire accepté par le jury. En effet, vous n’êtes pas devin. Si vous avez une petite intuition sur l’évolution du contrat en droit de l’urbanisme, elle ne suffit pas. Il faut vous baser sur l’avis des juridictions et des auteurs de doctrine, qui savent mieux que vous de quoi ils parlent (rappelons-le, pour eux, vous n’êtes qu’un poussin, pour 20-25 ans de carrière dans le même domaine de spécialité).

Le matériau brut ne suffit pas pour bâtir quoi que soit. Il manque un élément essentiel, le maçon, vous quoi.

Préliminaire à la recherche de la bibliographie

Avant toute chose, réfléchissez profondément à votre sujet et posez sur une feuille de papier son organisation potentielle. Voyez le mémoire comme une dissertation, sauf qu’elle ne fait pas 4-5 pages, mais plus de 100. Partez sur un ou plusieurs plans bateaux, ça suffira pour le moment (Notion/régime ; état du droit / perspective etc.).

Attention, en thèse la technique du plan bateau n’est pas optimale. En effet, l’avantage (ou non) du mémoire c’est qu’il nous impose à faire des choix, puisqu’il y a nombre de pages à ne pas dépasser (120 environ pour les masters recherches), alors que dans la thèse toutes les pistes doivent être étudiées. Ainsi, faire un plan bateau dans une thèse est risquée, car il pourrait biaiser l’organisation de vos recherches.

La phase de recherche

Maintenant, c’est là que ça se complique. C’est la phase de recherche. Je le répète. Ce n’est pas l’objet de cet article. Je peux juste vous dire qu’évidemment, il faut partir du général au spécifique.

Le classement de ses sources pertinentes

Normalement, vous devriez avoir quelques documents en main (pas tous, car on est toujours amené à faire des recherches complémentaires). Avant de commencer une lecture plus approfondie de chaque document. Faites un tableau ! Comme le maçon qui construit un immeuble, il faut suivre un plan.

Personnellement, j’avais organisé mon tableau de la façon suivante :

Titre du document Auteur Date Partie Source Niveau de pertinence (*,** ou ***)
La prise de tête dans la rédaction de son mémoire Jean Mémoire Avril 2015 I et II Volvic ** (= il y a des chances qu’il vous soit utile)
Le mémoire, c’est long et chiant… ou pas. Inconnu Janvier 1962 Introduction Evian * (= peu de chances qu’il vous soit utile
Moi, ma vie, mon œuvre Moi-même Mai 2018 II Orezza *** (= il est indispensable dans votre argumentation)

Une fois le tableau réalisé, vous avez une vision d’ensemble de ce qui est exploitable ou non. Il ne faut cependant pas oublier quelques petites règles de bonne appréhension de son tableau.

La pertinence d’un document s’apprécie selon plusieurs critères :

  • Sa date, je ne vous apprends rien qu’il vaut mieux un document récent qui évoque le dernier état du droit, qu’un document de 1862 qui parle de l’état du droit sous le Second Empire (sauf mémoire d’Histoire du Droit) ;
  • Sa source, toutes les sources ne se valent pas. Si votre document a été trouvé sur NordPresse ou le Gorafi, je pense qu’il vaut mieux le mettre de côté. Dans notre cas, par exemple, un recueil Dalloz, pourra servir de « source-étalon » ;
  • Son auteur, est-il spécialiste du sujet qu’il traite ? Est-il reconnu dans son domaine ? Son document est-il cité par d’autres personnes de son milieu ? C’est toute ces questions qui permettent de déterminer efficacement la qualité d’un auteur. C’est sûr, qu’un article sur l’indivision de Georges Clooney aura moins de poids qu’un article écrit par un notaire ;
  • Son contenu, il est évident que le contenu du document doit coller à votre sujet. Dois-je en dire davantage ?

Une fois ce tableau réalisé, tout devient plus simple, il suffit de remplir des cases. Le gros du travail est fait.

Et après le classement ?

Une fois tout ceci réalisé quelques petites choses restent à faire.

Une option s’offre à vous : réaliser un deuxième tableau plus précis divisé en parties et sous-parties. Cette étape n’est pas obligatoire, personnellement j’en n’ai pas eu besoin. Cependant, si vous aimez l’ordre, il s’agit tout simplement de reprendre vos documents les plus pertinents (niveaux *** et **) et les classer par parties et sous-parties (normalement vous aurez déduit des sous-parties). Bien sûr, le classement peut également être précisé par ordre chronologique ou antéchronologique.

Dans tous les cas, vous serez amené à compléter votre plan avec les documents correspondants. Vous pouvez numéroter les documents, si vous n’avez pas envie de réécrire les titres. Inutile de préciser qu’un même document peut figurer dans plusieurs sous-parties.

Introduction

« Le document que je cite »

Chapitre 1– Une notion confirmée

Section 1 –Des origines douteuses

« La prise de tête dans la rédaction de son mémoire »

Section 2 –Consécration

« La prise de tête dans la rédaction de son mémoire »

Chapitre 2 – Une notion en pleine transformation

Section 1 –L’intervention du juge et du législateur

« Moi, ma vie, mon œuvre »

Section 2 – L’évolution des mœurs

« Moi, ma vie, mon œuvre »

Une fois ce premier travail de sape réalisé, essayez de voir si tout de même les documents que vous avez le moins bien classé (niveau « * ») peuvent être calés quelque part.

Enfin, à partir de cette base, relisez les documents et dégagez des sous-sous-parties (paragraphes). Refaites la répartition en plaçant les documents au sein des paragraphes adéquats.

C’est ici que des recherches complémentaires seront éventuellement réalisées. C’est simple, une fois les nouveaux documents en main suivez le même protocole que présenté.

Pour conclure, l’idée de cette méthode est de pouvoir rapidement arriver à dégager un plan précis et cohérent (avec pour seule limite, un risque de biais, donc à déconseiller en thèse). Il s’agit de voir la chose comme un gros entonnoir dans lequel il ne ressort que le meilleur : votre trame. Maintenant, place à la rédaction, je vous dis bonne chance !


Une contribution de Guillaume Flori pour Lextudiant

Relecture de Vincent Chiaro et Aloïs Toyane (Comité de rédaction)

 

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