Décrocher un Volontariat International pour un juriste : impossible ?

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Près de 10 000 français bénéficient actuellement d’un volontariat international. 40 000 sont candidats à cette expérience qui leur permettra de vivre à l’étranger, de donner un élan à leur carrière et de développer leurs compétences professionnelles. 

Qu’est-ce qu’un volontariat international ? Il s’agit d’une mission professionnelle à l’étranger de 6 à 14 mois accessible aux personnes de 18 à 28 ans. Ce dispositif de mobilité est une forme de service civique rémunéré par une indemnité. 

Le volontariat international se décline sous deux formats. Le Volontariat International en Administration (V.I.A.) qui permet de partir pour l’Etat français à l’étranger et le Volontariat International en Entreprise (V.I.E.) qui s’effectue lui dans une entreprise française à l’étranger. 

La plupart des postes sont à pourvoir en Belgique, aux Etats-Unis et en Allemagne.

Pour un juriste, décrocher un volontariat international n’est pas chose aisée. En effet, parmi les V.I.E. ayant un Bac+5, 44% viennent d’une école de commerce ou d’une école d’ingénieur, 29% seulement sont diplômés d’un Master universitaire. Pour les V.I.A., moins nombreux, la proportion semble être inversée. 

Peu d’offres sont expressément accessibles aux personnes ayant suivi des études de droit. On retrouve ainsi des V.I.E. avec un diplôme de droit en poste de Juriste droit des affaires, Juriste en propriété intellectuelle mais aussi Chargé de conformité, Chargé d’expansion internationale, Chargé de recouvrement, Délégué à la protection des données, Commercial etc. Pour les V.I.A., certains sont Chargé de mission Arts & Culture, Assistant douanier, Chargé de mission politique, Agent de visas, etc.
Les opportunités sont variées. Encore faut-il mettre toutes les chances de son côté.

Certaines astuces sont bonnes à prendre et permettent d’accélérer la recherche. Voici celles que je vous propose :

1. Tourner son profil vers l’international

    > Un bon niveau en langue

Trouver un V.I. demande de démontrer ses compétences linguistiques. Le niveau en langues doit être en mis en avant dans sa candidature. Les barres de niveaux indiqués sur les CV sont peu claires. Mieux vaut privilégier le cadre européen commun de référence pour les langues (A1, A2, etc.). Le mieux étant bien sûr de pouvoir attester de son niveau par des certificats ; le TOEIC pour la langue anglaise par exemple.

Son niveau peut bien sûr aussi être justifié par l’obtention d’un diplôme ou des études à l’étranger, comme une licence en droit franco-anglais, un L.L.M. ou un cursus Erasmus. 

La maîtrise de la langue du pays d’accueil n’est pas toujours requise, parfois seul l’anglais est nécessaire. Ainsi, seuls 50% des V.I.E. ont un niveau de langue bilingue ou courant de la langue du pays d’accueil, 22% n’en ont aucune maîtrise. Connaître la langue du pays de l’offre reste bien sûr un avantage.

Maîtriser une langue “rare”, soit autre que l’anglais ou l’espagnol est aussi un atout :

Je souhaitais trouver un V.I. en Allemagne. Du fait du déficit de candidats germanophones, j’étais consciente d’avoir plus de chance du fait de ma connaissance de l’allemand. J’ai ainsi été retenue pour un poste initialement destiné à une personne sortant d’une école de commerce ou d’une école d’ingénieur.” (Juliette, Munich, Allemagne)

> Un attrait pour l’étranger

Exposer son attrait pour l’étranger dans sa candidature démontre au recruteur sa capacité d’adaptation et ses motivations.

Cet intérêt pour l’international peut être attesté par des études ou des stages professionnels effectués à l’étranger. 76% des V.I.E. ont ainsi déjà eu une expérience à l’international pendant leurs études. 

Il est aussi possible de montrer cette ouverture vers l’international par des stages linguistiques, des voyages de longue durée ou une activité associative à l’étranger par exemple.

Bien sûr, il est toujours possible de faire autrement :

Mon parcours de droit était franco-français, je n’avais aucune expérience à l’étranger, aucun long séjour même, seulement de courtes vacances… Mes expériences dans un domaine recherché par les recruteurs ont fait la différence. J’ai, en revanche, dû faire valoir mon niveau en anglais durant mes entretiens d’embauche.” (Sophie, New-York, Etats-Unis)

2. Compléter son profil avec une discipline complémentaire

Pour les V.I.A., acquérir des compétences dans des domaines extérieurs au droit ne semble pas nécessaire. Avoir un diplôme en droit international permet notamment d’y accéder.

Pour les V.I.E. c’est cependant souvent le cas, du fait de la rareté des offres clairement destinées aux juristes.

Le conseil que je donnerais aux juristes est d’avoir une vraie valeur ajoutée afin de se démarquer d’un juriste traditionnel et de pouvoir rivaliser avec des profils sortant d’une école de commerce.” (Niagalé, Munich, Allemagne)

    > Pour les privatistes

Certains, notamment des privatistes, ont acquis durant leur cursus des compétences extra-juridiques : un cursus en école de commerce en parallèle des études de droit par exemple, une double Licence droit-gestion, un Master 2 gestion de patrimoine financier en école de commerce, un Master 2 droit fiscal des entreprises, un Master 2 droit des affaires comparé, des stages en conformité, etc. 

Bien choisir son orientation, ses matières durant son cursus universitaire facilite la recherche de V.I.E. Le droit commercial, la propriété intellectuelle, le droit des contrats avec une dimension anglo-saxonne sont bien sûr des matières qui se prêtent naturellement à une expérience à l’international.” (Madeleine, Houston, Etats-Unis)

    > Pour les publicistes

Les publicistes ont quant à eux un cursus destiné à la fonction publique et qui ne leur demande à priori pas d’avoir des compétences dans des domaines autres que le droit.

J’ai rapidement vu qu’avec un profil publiciste, les V.I.A. étaient plus accessibles mais que cela prendrait plus de temps, la compétition étant rude. J’ai décidé, parallèlement à mes candidatures et à mon emploi dans l’administration, d’acquérir des compétences en comptabilité. J’ai suivi des cours en ligne en comptabilité et j’ai été étudiante dans une petite école de commerce en cours du soir. Mon profil est devenu plus attractif.” (Juliette, Munich, Allemagne)

Alors quel pays vous fait envie ?

3. Derniers petits conseils

> Avoir une candidature irréprochable 

Pour candidater à un V.I., il est préférable d’avoir un projet professionnel clair sur son CV et de créer une ligne de continuité entre ses expériences, une logique.

Un juriste candidat à un V.I. doit avoir un projet. Son CV doit présenter un parcours cohérent, lisible et démontrer avant tout de la rigueur. La rigueur est la qualité recherchée par les recruteurs pour les postes de juristes. Les centres d’intérêt peuvent aussi apporter un petit plus.” (Nicolas, Bucarest, Roumanie)

Il faut aussi adapter sa candidature au contexte du volontariat international, comme vu précédemment, à chaque offre, et à chaque pays (absence de photo pour les CV anglo-saxons, CV en anglais, etc.). 

Démontrer son habileté relationnelle est aussi important. Cela peut se faire à travers les expériences associatives par exemple.

Le manque d’expérience d’un juriste peut être compensé par les jobs d’été, les activités associatives et les travaux universitaires réalisés.

    > Susciter sa chance

Il faut se donner les moyens de trouver un volontariat international. 

On peut ainsi entrer dans une entreprise à dimension internationale pour anticiper un V.I.E., demander à son entreprise en interne de faire un V.I.E., envoyer des candidatures spontanées, effectuer une veille journalière des offres, se déplacer sur les salons, prendre des conseils sur les groupes Facebook des V.I., etc. 

La motivation et la confiance en soi sont aussi ce qui va permettre d’atteindre ses objectifs. 

Je donnerais comme conseil de postuler même si l’on n’estime ne pas avoir le profil idéal et de ne pas délimiter sa zone de recherche. Le V.I. est sélectif, se limiter revient à se mettre une balle dans le pied.” (Rouwaida, Alger, Algérie)

Si l’on postule à une offre, c’est que soit l’on est motivé, soit l’on a les compétences, soit les deux. Il ne faut donc pas hésiter à postuler.” (Madeleine, Houston, Etats-Unis) 


NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

Business France, Le Guide 2018 des bonnes pratiques du V.I.E. RECRUTER les futurs talents de l’export, 2017, p.2. Disponible en ligne : https://export.businessfrance.fr/EmailingResources/Files/fb51c76716a840531aa73563dd725dd1/30395/tap-moci-2017-mis-a-jour-mars-2018.pdf [Dernière connexion le 17 avril 2020].

Business France, Le VIE : la solution RH de mobilité internationale pour l’export. En ligne : https://www.businessfrance.fr/vie-home [Dernière connexion le 17 avril 2020].

Business France, Le Guide 2018 des bonnes pratiques du V.I.E. RECRUTER les futurs talents de l’export, op. cit., p.6.

Business France, Le Guide 2018 des bonnes pratiques du V.I.E. RECRUTER les futurs talents de l’export, op. cit., p.8.

Civiweb, Structures d’accueil du Volontariat International en Administration : https://www.civiweb.com/FR/le-volontariat-international/structures-accueil-du-VIA.aspx [Dernière connexion le 17 avril 2020].

Unité des Politiques Linguistiques, Strasbourg, Cadre européen commun de référence pour les langues. Disponible en ligne :  https://rm.coe.int/16802fc3a [Dernière connexion le 17 avril 2020].

Etude EDHEC, Le V.IE. l’exception française accélérateur de carrière, 18 octobre 2018, p.11. Disponible en ligne : https://export.businessfrance.fr/EmailingResources/Files/fb51c76716a840531aa73563dd725dd1/30395/etude-edhec-newgen-talent-centre-v-i-e.pdf [Dernière connexion le 17 avril 2020].

Etude EDHEC, Le V.IE. l’exception française accélérateur de carrière, op. cit., p.6.


Je remercie tous les V.I., en poste ou non, pour leurs témoignages. Certains prénoms ont été anonymisés pour la rédaction de cet article.

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