[INTERVIEW] Le juriste dans les concours administratifs

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Beaucoup d’étudiants se confrontent chaque année aux concours administratifs[1] ; ils sont nombreux et peu de places sont disponibles. L’équipe de Lextudiant est allée interviewer Clément ancien étudiant en Droit qui a eu l’occasion de préparer ces concours. Si vous voulez tout savoir sur l’accès à la Fonction publique, c’est maintenant !

  1. Pour commencer, pouvez-vous nous résumer votre parcours universitaire ?

Après un Bac ES, selon l’appellation bientôt désuète, je suis entré à la faculté de droit et sciences politiques d’Aix-en-Provence. J’ai orienté mes études vers le droit public et ai finalement effectué un Master 2 recherche en histoire des idées politiques. Mais je n’ai pas renoncé au droit public pour autant.

  1. Le droit a-t-il été votre première vocation ?

J’avais longtemps envisagé d’effectuer une classe Prépa littéraire, telle que « Hypokhâgne ». J’hésitais également avec un DUT « métiers du livre » car j’avais vécu des moments époustouflants à feuilleter articles et archives. Mais le Droit m’a finalement rattrapé au moment du choix final. Remarquez, on ne renonce pas aux livres quand on fait du droit.

  1. Comment en êtes-vous arrivé à vouloir faire des concours administratifs ? La fonction publique était-elle votre projet professionnel initial ?

Alors, il faut savoir qu’une fois arrivé au choix de mon M1, j’hésitais entre « Droit public » et « Histoire des idées politiques ». Je voulais à la fois faire des recherches (cf. question précédente) mais aussi passer des concours. Conscient de l’importance de ce dernier objectif, j’ai opté pour un M1 en Droit public. Mais l’année suivante j’ai souhaité m’accorder une année de recherches, par plaisir. J’ai donc opté pour un Master 2 en Histoire des idées politiques. Ce n’était cependant pas une voie de garage ou un plan B. Ce Master 2 m’a bien préparé au droit constitutionnel, à l’histoire du droit administratif, au droit de la famille et j’en passe. Or, les concours de catégorie A demandent une grande part de culture générale, et cela m’y a aidé.
Sitôt cette année accomplie et ma soutenance effectuée, je suis retourné à mes concours tel Cincinnatus retournant à son champ.

  1. Quel(s) concours avez-vous préparé ?

J’ai présenté le concours des IRA, d’Attaché de Préfecture, et de secrétaire administratif.

  1. À partir de quelle année d’étude conseillerez-vous les étudiants en droit à passer les concours ?

Tout dépend de ce qu’ils veulent. Dans un autre domaine, j’ai un ami à moi qui présente actuellement l’examen du CRFPA, et je sais de source sûre, qu’il ne s’y serait jamais risqué à le présenter au niveau master 1. Il en va de même pour les concours de catégorie A qui exigent la licence. Mais, rares sont ceux à le tenter à ce moment là.

  1. Conseillerez-vous les étudiants à préparer plusieurs concours, y compris les concours catégorie B ? Si oui, pourquoi ?

Bien entendu. Miser sur un seul concours est une roulette russe administrative car il n’y a aucune, et je dis bien aucune, garantie de réussir un concours surtout à haut niveau. Mais même les concours de catégorie B exigent maintenant de connaître son futur environnement de travail, le statut de ses supérieurs (Ministre, Préfet, Recteur, Directeur d’hôpital, etc.), les interactions entre collaborateurs (rôle du CHSCT, de la DRH etc.), le fonctionnement des rémunérations, et surtout la nature juridique de chaque lieu d’affectation. J’encourage donc fortement chaque étudiant à ne pas renâcler devant des concours de catégorie B ou C car ils fourniront toujours un bon entraînement pour d’autres de plus haut niveau.

  1. Comment appréhendez-vous la préparation d’un concours administratif ?

Avec anticipation. Il est aisé de croire disposer de beaucoup de temps. Mais les attendus d’un concours, même en B, peuvent être élevés. Ne pas se poser de questions existentielles telles que : Et si j’avais lu ça il y a trois mois ? Est-ce que je suis vraiment capable ? « Wahoo, machin a eu 3 points de plus alors qu’il ne travaille même pas ». C’est délétère.

  1. Selon vous, quelle serait la qualité incontournable de l’étudiant qui prépare un tel concours ?

Persévérant. On peut échouer une fois, deux fois, trois fois. Mais se relever est la clé pour réussir la quatrième. Après tout, 100% de ceux qui ont réussi sont venus, ont pris un stylo et ont essayé encore et encore. On n’a rien sans rien, alors persévérer me semble bien.

  1. Le cœur de ces concours est l’entretien avec le jury, pouvez-vous nous dire comment préparer un tel entretien ? Selon vous, quelles sont les attentes du jury ? Quelles astuces donneriez-vous aux étudiants qui auront à l’affronter ?

Il y a mille façons de préparer un oral. Déjà, ne pas attendre d’avoir les résultats des écrits pour envisager quelques pistes. Ne surtout pas penser avoir trop de temps. Proscrire les interrogations telles que : le jury s’est trompé ? Je ne vais jamais y arriver ? Nous ne savons pas nos notes d’écrits, alors inutile de faire des équations à 3 inconnues pour tenter de percer ce mystère. Pour la présentation orale, je dirais qu’il faut être soi-même, et prendre du recul sur son parcours.
Le jury attend quelqu’un qui pense ce qu’il dit, qui s’est renseigné. Pas quelqu’un qui fait ce concours par défaut.
Une astuce ? Ne pas chercher à remplir tous les critères. On ne peut pas avoir travaillé 20 ans au Conseil d’État, bouleversé la jurisprudence et dirigé un service de préfecture sous les ordres directs du Préfet, alors que l’on sort de Master à 23-24 ans. N’ayez pas honte de vous.

  1. Que conseillez-vous aux étudiants qui ont échoué dans un concours ?

De ne pas oublier que l’échec à un concours ne leur enlève rien. Ils sont toujours aussi dignes d’estime avant qu’après. Ce qu’ils ont appris leur servira toujours.

  1. Un mot de la fin pour les étudiants qui se lanceraient dans la préparation de tels concours administratifs ?

On nous présente l’Administration de façon ambigüe. Terre promise de l’emploi à vie, point d’indice bloqué et statut en évolution. N’oubliez pas qu’un principe du service public est la mutabilité. Vous y entrez à 24 ans, mais l’Administration sera différente dans 20 ans et peut-être : au revoir la situation de stabilité de l’emploi. Demandez-vous, surtout, pourquoi la fonction publique et pas un emploi dans le privé.


[1] Pour avoir une approche plus générale nous vous renvoyons à cet article.


Interview préparée et réalisée par Guillaume FLORI

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