[ITW] Legal design & entreprenariat juridique avec La Law Box

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A l’ère d’internet, il n’a jamais été aussi facile d’accéder au savoir. Le droit n’y fait pas exception. Le monde juridique était pourtant connu et reconnu pour son austérité, du moins, jusqu’à maintenant. Les années 2010 ont renouvelé l’approche du droit. Les initiatives pour innover la manière d’aborder le droit ne manquent pas : blogs juridiques, chaines YouTube, MOOCS, pages, produits, etc.

Parmi les acteurs du renouveau du droit, nous retrouvons La Law Box. Depuis 2018 cette start-up revisite la manière d’étudier le droit. Ses créateurs ont accepté de répondre à nos questions ! Au programme : legal dsign et juris entreprenariat. Let’s go !

Partie 1 – Présentation générale

Lextudiant : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

La Law Box : Nous sommes Carole Walter-Touzri, Kristina Lazatian et Victor Birgy, trois anciens étudiants en droit aujourd’hui respectivement responsable juridique, chef de Projet legal design et Juriste en attente de prestation de serment. En dehors du droit, nous aimons beaucoup rire, la littérature et le cinéma.

 Lex . : Quelle est votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivés à embrasser des études de droit ?

La Law. : Nous sommes tous les trois issus de la Faculté de Droit de Strasbourg et avons réalisé un Master 2 en droit du travail. Nous avons chacun des raisons différentes d’avoir rejoint la faculté de droit mais je crois que nous étions tous les trois animés par un sentiment de justice et une volonté d’aider les autres, et peut-être, faire bouger les lignes, à notre échelle.

Lex. : Comment vous en êtes arrivés à créer le concept de « la Law box » ? Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le concept ?

La Law. : Ayant nous même été sur les bancs de la faculté, nous nous sommes rendus compte que la méthodologie n’est pas ou peu enseignée à la Faculté de droit. De nombreux étudiants n’ont pas la chance de connaître quelqu’un dans le milieu et se retrouvent très rapidement seuls, livrés à eux-mêmes. Des étudiants avec de grandes capacités échouent donc simplement pour des questions techniques alors qu’ils ont largement les capacités de valider leur année.

Nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire pour les aider.  Nous adorions le concept de box que l’on reçoit tous les mois chez soi (My Little Box, Petit Ballon, Pousse Pousse Box…). Nous nous sommes rendus compte que la périodicité de la box était particulièrement bien adaptée à l’année universitaire. Elle permet de traiter chaque mois un thème relatif aux études de droit.

Avec La Law Box, nous avons voulu aider les étudiants en droit à réussir leurs études tout en s’amusant grâce à des goodies originaux, des interviews de professionnel ou des citations motivantes.

Kristina, Victor et Carole, les créateurs de la Law Box

Partie 2 – Le legal design

Lex. : Votre concept de « La Law box » propose chaque mois un kit de méthodologie aux étudiants en droit. Ce kit joue principalement sur le visuel, s’inscrivant dans la logique de Legal design. Pouvez-vous nous dire ce qu’est le Legal design ? Pourquoi avez-vous opté pour celui-ci ?

La Law. : Le Legal design dans l’esprit général se matérialise par des pictogrammes, des dessins ou des schémas, mais il est très loin de se réduire à cela. Le Legal Design est l’application du design thinking au droit pour trouver des solutions originales et créatives à des problèmes d’usage. Avec La Law Box, nous utilisons le Legal design  dans sa composante Visual Law pour créer des fiches méthodologiques claires et accessibles pour nos abonnés en prenant en considération les difficultés que nous avons rencontrés pendant nos années de faculté. Le Legal design c’est aussi une méthode de résolution des problèmes centrée sur l’utilisateur. C’est ainsi que nous interrogeons régulièrement nos Lawboxers sur leurs besoins et difficultés dans leur quotidien d’étudiants et organisons des focus groupes pour échanger avec eux.

Nous cherchons constamment à donner les meilleurs conseils et les informations les plus pertinentes, plutôt que de noyer l’étudiant dans une masse d’informations. La mise en forme est en réalité la dernière étape dans notre processus. En amont, nous utilisons les règles du langage clair pour communiquer les informations de manière accessible à nos abonnés, c’est-à-dire en utilisant les termes du langage commun et en évitant le jargon juridique.

Lex. : Si les initiatives privées de legal design se multiplient, la faculté de droit reste parfois en retrait, préférant se limiter aux traditionnels cours magistraux. Pensez-vous que les facultés de droit devraient favoriser le legal design comme approche pédagogique ?

La Law. : Les facultés de droit auraient tout intérêt à s’inspirer des méthodes de brainstorming et de problem solving qui font partie intégrante de la démarche Legal design. En effet, de plus en plus les recruteurs (cabinets d’avocats, directions juridiques…) ne recherchent plus des profils de juristes classiques mais des compétences supplémentaires. Autrement dit, des compétences qui relèvent des soft skills : une fibre entrepreneuriale, de la créativité, savoir maitriser la prise de parole en public, gérer les réseaux sociaux et la communication, etc…

La maîtrise de la démarche Legal design devient également de plus en plus recherchée par les recruteurs, c’est pourquoi nous essayons de l’expliquer et d’intéresser les étudiants sur cette nouvelle discipline dès les premières années de faculté.

Lex. : Pour conclure cette partie, selon vous, comment être un bon légal designer ?

La Law. : Le Legal design est une méthodologie de travail incorporant des procédés de design qui permet de créer des solutions créatives et innovantes. Ce qui fait un bon legal designer c’est surtout l’état d’esprit : il faut ainsi veiller à suivre les cinq étapes du design process théorisé par Margaret Hagan dans son e-book Law by design :

  1. Comprendre le besoin de l’utilisateur avec empathie ;
  2. Synthétiser les observations recueillies par l’utilisateur pour encadrer le problème à résoudre ;
  3. Prototyper une solution pouvant répondre au besoin de l’utilisateur ;
  4. Tester la solution pour avoir les retours des clients ;
  5. Itérer en apportant des améliorations au prototype en fonction des retours de l’utilisateur.

Après avoir suivi scrupuleusement toutes ces étapes incontournables, il est possible d’affirmer que nous avons recherché une solution centrée sur les besoins de l’utilisateur. C’est ce qui est la caractéristique principale d’une solution réussie (qu’il s’agisse d’une application, d’une infographie ou d’une vidéo).

Partie 3 – Le « juris entreprenariat »

Lex. : Les études de droit offrent plusieurs avantages :

1. Une connaissance des rouages de la création d’entreprise ;
2. Les clés de compréhension d’un domaine en pleine mutation, notamment avec l’avènement du legal design et des legaltechs.
3. Ce qui rend le droit particulièrement propice à la création d’entreprise et à l’innovation. Cependant, l’entreprenariat reste un pari sur la réussite de son concept.

Question bateau pour commencer, que signifie pour vous le mot entreprenariat ? Avez-vous rencontré des difficultés dans l’établissement de votre projet d’entreprise ?

La Law. : Pour nous, l’entrepreneuriat est tout d’abord une grande aventure. Il signifie courage, risque, abnégation, joie.

Nous mentirions si l’on disait que nous n’avons connu aucune difficulté lorsque nous avons voulu monter notre projet d’entreprise. Tout d’abord certaines personnes ont pu émettre des doutes sur nos capacités à créer une entreprise en tant qu’étudiant en droit et du fait de notre jeune âge. Nous nous sommes également heurtés à des difficultés administratives et parfois à des baisses de motivation.

Mais, il nous semble que nous avons toujours su faire face à ces difficultés et que nous nous sommes entraidés, à chaque fois que l’un de nous avait des difficultés de vie ou des baisses de moral. Nous avons su nous entourer de personnes extraordinaires qui nous ont soutenu, tant moralement que financièrement dans un premier temps (réalisation du financement participatif en juin 2018). Nous avons reçu des conseils d’experts dans tous les domaines, que ce soit pour créer la société ou pour faire connaître notre produit. Nous avons également noués des partenariats avec des blogs juridiques ou des associations qui partagent la même volonté de rendre le droit accessible. Surtout, nous sommes soutenus par des centaines d’utilisateurs faisant partie de notre communauté qui nous envoient des messages chaque jour.

Si difficulté il y a, elle est largement compensée par tout le bonheur que cela nous apporte quotidiennement.

Lex. : Une question qui complète la précédente, « La Law box » connaît un certain succès auprès des étudiants. Combien de temps avez-vous attendu avant de commencer à « décoller » ?

La Law. : Il est difficile de dire à quel moment nous avons décollé puisque, très vite, lorsque nous avons ouvert la page Facebook en Avril 2018, nous avons reçu de nombreux messages de soutien. Je me rappelle avoir été très impressionné. Nous avions peur que La Law Box soit mal perçue mais je crois que le public avait besoin d’un peu de nouveauté. Toutes les pages juridiques et Instagram connaissent d’ailleurs un essor important ces dernières années. Je crois que les étudiants sont passionnés par le droit et qu’ils ont aussi besoin de vivre cette passion de manière plus légère que celle que d’autres voudraient voir perdurer. 

Lex. : Le juriste peut endosser plusieurs casquettes, tant le droit est diversifié, vous en êtes le parfait exemple. Comment conciliez-vous votre travail principal/école d’avocats avec le développement de « la Law Box » ?

La Law : Légalement, le juriste peut endosser plusieurs casquettes, dans le respect des clauses de son contrat de travail. Pour l’avocat, c’était un peu plus compliqué jusqu’à il y a peu ! Le décret « Macron » du 29 juin 2016 a modifié le texte qui interdisait l’avocat d’exercer une activité commerciale en y ajoutant un paragraphe :

« Les incompatibilités prévues aux alinéas précédents ne font pas obstacle à la commercialisation, à titre accessoire, de biens ou de services connexes à l’exercice de la profession d’avocat si ces biens ou services sont destinés à des clients ou à d’autres membres de la profession ».

Il est désormais légalement possible d’avoir une activité annexe en tant qu’avocat, tant que celle-ci se réalise à titre accessoire et que les services rendus sont connexes à l’exercice de la profession. Le terme de client peut porter à confusion mais le Conseil National des Barreaux a recommandé une analyse extensive de ce terme afin de ne pas faire perdre au texte sa substance.

En pratique, il n’est pas facile de concilier les deux puisque l’activité de juriste est très chronophage. Il est évident que nous devons parfois renoncer à nos week-end ou à nos soirées pour nous consacrer à La Law Box, mais nous essayons de nous organiser le mieux possible afin que chacun puisse trouver du temps pour ses autres activités et sa vie personnelle.

Lex. : Une dernière question pour conclure cet entretien, quels conseils donneriez-vous à un jeune juriste qui souhaiterait créer son entreprise ?

La Law. : De se lancer tout simplement ! De s’entourer de personnes motivées et bienveillantes. De ne pas avoir peur de demander de l’aide, de ne pas avoir peur de se tromper. Ne pas commettre d’erreurs relève de l’impossible et quelques égratignures n’ont jamais empêché personne d’avancer.

Le contenu d’une Law Box (septembre 2019)

Nous remercions chaleureusement l’équipe de La Law Box pour cette interview, qui nous l’espérons vous plaira !


Pour en savoir plus sur l’univers de La Law Box :

Leur site internet : https://lalawbox.com/

Leur page Facebook : https://www.facebook.com/LaLawBox/

Leur Instagram : https://www.instagram.com/la_lawbox/


Interview réalisée par Guillaume Flori pour Lextudiant

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