Pourquoi faut-il s’intéresser à la simulation de procès ?

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Vous devez vous intéresser au procès fictif, on vous dit pourquoi !

I – Le procès, un catalyseur social

Le procès est sûrement la manifestation la plus connue du Droit. Il est ce moment où la transgression est jugée et l’équité rétablie. D’ailleurs, n’est-ce pas les grands procès qui constituent encore de nos jours la base des principaux débats de société français ? Les procès de Louis XVI, Dreyfus ou encore Nuremberg agitent encore plus que jamais les esprits.

Bien plus qu’un prévenu, une affaire ou encore un avocat, le procès est un questionnement incessant de l’état de la Société. C’est en suivant ce sillage que l’association Just’ice a eu l’amabilité de répondre à nos questions, dont les réponses ont été précieuses pour écrire ce billet.

L’association Just’ice, du procès fictifs pour tous !

L’association Just’ice a été créée en juin 2018 sous l’impulsion de Jimmy Laglenne, Mathias Merle, Hélène Touron, Johan Hemond et Honorine Berne. Elle s’est fixée la mission d’organiser des simulations de procès à Orléans, dans lesquelles les étudiants en Droit de tous les niveaux en seraient les acteurs. Dernier fait d’armes de l’association, l’organisation du procès « Night Call », tiré du film du même nom au palais de justice d’Orléans. Jimmy Laglenne et Yohan Cloarec, représentants de l’association, sont catégoriques : le choix du thème du procès est en quelque sorte une critique ouverte des médias sensationnalistes ! Le film relate la quête aux « scoops » d’un journaliste, au mépris de tout sens moral.

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L’intérêt (général) du procès fictif

Même s’il n’a rien de nouveau, le procès fictif a un objectif : rappeler que le Droit est une matière en mouvement, loin des préjugés sur sa prétendue austérité. Le procès n’est que le reflet de la société (dans un Etat libre) à un moment donné. Il est l’affaire de tous, d’autant plus en présence d’un juré populaire.

C’est sur ce postulat que l’association Just’ice, comme tant d’autres, se fonde : ramener la Justice auprès du citoyen. Et ça marche ! Par exemple, Jimmy et Yohann nous rapportent le retour d’une barmaid se trouvant un intérêt pour le Droit depuis la simulation de l’association Just’ice.

Un atout professionnalisant pour l’étudiant

La simulation de procès c’est aussi (enfin !) l’occasion pour les étudiants de tous les niveaux de devenir acteurs et pas seulement spectateurs de leurs études de Droit. Comme le dit justement le staff de Just’ice, l’organisation de procès fictifs permet non seulement aux étudiants de se dépasser dans leurs idées limitantes (timidité etc.), mais aussi d’avoir un aperçu de leur future pratique professionnelle. Comme le dit le célèbre adage : « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ».

Cependant, toutes ces initiatives louables mettent en exergue un triste constat : l’Université (en tout cas en licence) n’offre pas suffisamment de pratique aux étudiants (comme on pourrait le voir dans des pays comme l’Angleterre). Nous ne pensons pas que les universités délaissent la pratique juste pour délaisser la pratique, le problème est très certainement budgétaire. Seulement, assister à une audience, par exemple à l’occasion d’un TD (bien que ça se fasse assez régulièrement) ne coûte pas d’argent. On peut très bien imaginer à la suite de la visite un exercice sur le déroulé de l’audience, faisant appel aux connaissances juridiques et à la capacité d’observation de l’étudiant. Ces deux traits sont indispensables pour tout bon juriste professionnel.

Rien n’est perdu, prenons l’exemple de l’association Just’ice, qui nous explique que leur initiative avait fait écho auprès de leur faculté. En effet, dès la rentrée prochaine la participation à des simulations de procès vaudra des crédits européens (nécessaires pour valider ses années d’études) ! Chapeau !

 

II –Comment se construit une simulation de procès ?

Maintenant rentrons dans le cœur du sujet, l’organisation du procès en lui-même.

Une préparation minutieuse

Une simulation de procès ne s’improvise pas comme ça. Pour l’association Just’ice c’est plus de 6 mois de travail, divisés en deux grandes phases de 3 mois :

  • La première phase durant laquelle le thème est pensé, les partenaires recherchés et les premiers recrutements des étudiants acteurs commencent ;
  • La seconde phase, plus intense, est celle des castings, répétitions, de finalisation des scripts, constitution des pièces du dossier fictif et du choix du lieu, sans oublier tout l’aspect promotionnel.

Bien au-delà des considérations matérielles et temporelles, il s’agit avant tout d’une aventure humaine, dans laquelle l’étudiant acteur est le héros.

« Engagez-vous, engagez-vous qu’ils disaient ! »

Nous le rappelons assez souvent dans nos billets (source et source), les recruteurs attachent une certaine importance à vos compétences transversales, soit vos activités à côté des cours traditionnels. Eh oui, la curiosité, la capacité d’adaptation et l’autonomie résultant des procès fictifs sont recherchées par recruteurs. Chez Just’ice, les rôles sont en grande partie écrits par les étudiants.

Et quel est le meilleur moyen d’aiguiser ces compétences ? Eh bien, les procès fictifs…

Au sein de l’association Just’ice, le recrutement des acteurs est fondé sur le volontariat et le bouche à oreilles.

Participer à ce genre d’initiative c’est :

  • Sortir de sa zone de confort ;
  • Rencontrez plein de nouvelles personnes motivées, donc motivantes ;
  • Commencer à constituer son réseau. De nombreux professionnels suivent et soutiennent ce type d’initiative ;
  • Disposer d’un premier véritable aperçu de la pratique juridique professionnelle.

Sur ce dernier point, l’association Just’ice insiste sur l’assiduité des participants ! De plus, l’acteur doit préparer sa plaidoirie (rôle avocat /procureur) ou prendre connaissance du procès-verbal (rôle témoin), tout en se rendant aux répétitions (4 chez Just’ice).  Tout ça, sans que votre niveau d’études soit déterminant ! Yohan explique qu’il faisait partie du jury lors de la première simulation alors qu’il était en L1.

Avant tout un show

Choisir un bon thème c’est bien, le rendre vivant c’est mieux ! Il faut se garder à l’esprit que le procès fictif est avant tout un spectacle. Il doit pouvoir correctement délivrer son message.

Pour illustrer, l’association Just’ice fait en sorte de se rapprocher le plus possible du cadre légal de l’audience en Cour d’assises (débats / délibéré etc.). Elle veille aussi à ne retenir que des règles de droit qui parlent à tout le monde. Pour « Night call », seul l’homicide volontaire a été pris en compte. La plus grande difficulté réside dans la détermination des faits, en restant le plus fidèle possible au déroulé du film.

Bien sûr, toute cette préparation serait vaine si les acteurs n’avaient pas donné leurs tripes, en rendant l’expérience vivante.

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Vue d’ensemble du procès « Night Call » – Crédits : Association Just’ice

III -L’avenir tout tracé du procès fictif

Terminons ce billet sur une note positive. L’équipe de Just’ice rapporte que le procès « Night Call » a été très bien accueilli par les professionnels du droit (magistrats et avocats). Par ailleurs, la préparation du procès a été avisée par un ancien président de la Cour d’appel d’Orléans. C’est sans compter par le soutien du barreau d’Orléans et évidemment de la faculté de Droit d’Orléans.

Tout ce soutien dénote une certaine volonté institutionnelle (et politique ?) de changer l’approche des études de droit. Le tout, pour enfin offrir une véritable pratique juridique dès la licence.

La simulation de procès a encore de très longs jours devant elle. Rien que du côté de l’association Justi’ce, un projet de simulation interuniversités est sur les rails. Ce procès fictif verrait s’affronter plusieurs facultés de Droit (défense c/ accusation).

« La liberté demande le courage, l’initiative, le besoin de décider ce que la vie peut signifier. » –Eugene O’Neill


Retrouvez les aventures de l’association Just’ice par ici : https://www.facebook.com/Association-Justice-236689420283748/

Le procès « Night Call » dans la presse : https://www.facebook.com/236689420283748/photos/a.268533637099326/344189059533783/?type=3&theater


Une contribution de Guillaume Flori pour Lextudiant

Un grand merci pour Jimmy et Yohan pour leur disponibilité et leur bonne humeur !

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