[LECTURE] Dans les coulisses de la fac de droit avec un Maître de conférences

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 Présentation générale

Par où commencer  la « chronique d’un Maître de conférences » (Enrick B. Editions) est un petit ouvrage, qui se lit très vite, écrit par Mikaël Benillouche. Au travers d’un récit ponctué de petites anecdotes et de témoignages d’autres professionnels, Mikaël Benillouche fait un état des lieux de l’enseignement supérieur au travers son expérience personnelle. Sans vouloir se prétendre autobiographique, Mikaël Benillouche nous fait part de son parcours d’étudiant moyen, en passant par son doctorat et les aléas liés à l’organisation de la thèse, pour terminer sur ses difficultés pour devenir Maître de conférences. En effet, la réalité du recrutement des enseignants-chercheurs peut s’éloigner du critère de la compétence scientifique.

Le seul point faible du livre (anecdotique) qu’on pourrait relever, serait peut-être, le défaut d’une présentation plus claire des différentes fonctions universitaires. La distinction entre Maître de conférence et Professeur d’université ne ressort pas clairement, malgré qu’elle se révèle en partie au travers des développements.

Ainsi, deux grands axes ou plutôt trois grandes forces se dégagent de ce petit livre de poche : d’une part, une présentation claire et érudite de la face cachée de l’université à laquelle se rendent les étudiants chaque matin (I). D’autre part, c’est son rapport à l’enseignement et aux étudiants qui constitue le fil rouge du livre (II). Enfin, le caractère polyvalent de la profession, au travers d’un exemple que l’auteur a explicité (III).

I –Les coulisses de la fac de droit : loin de l’imaginaire étudiant

Au travers de son expérience personnelle (et donc subjective), Mikaël Benillouche nous plonge dans les coulisses de l’Université.

On apprend, le tout accompagné par quelques anecdotes personnelles, les différentes casquettes qu’endossent le Maître de conférences. À la fois chercheur, enseignant et administrateur, le bon Maître de conférences est une personne qui doit s’adapter et se remettre tous les jours en cause.  Il est un « touche à tout ».  Il encadre des chargés de TD, il doit gérer les relations avec les éditeurs juridiques, ainsi que les relations entre collègues.

Mikaël Benillouche est passé par diverses fonctions, dont celle de directeur de Master 2. Pour ce dernier, il s’est efforcé à le rendre le plus professionnalisant possible, en privilégiant, notamment, l’enseignement des matières demandées par les professionnels (maîtres de stage).

L’ouvrage permet aussi d’apprendre l’existence des rapports de forces qui peuvent exister au sein des universités entre les enseignants. L’auteur dénonce également la bureaucratie universitaire qui semble ralentir la prise de décision, notamment avec l’organisation excessive de réunions, parfois sans objet sérieux.

Au delà de tous ces aspects, ce qui constitue la base de la profession de Maître de conférences, reste l’enseignement.

II –Une vision fraîche et originale de l’enseignement

La liberté d’enseignement laissée aux universitaires (L. 952-2 Code de l’éducation) ouvre le champ des possibles. Il permet d’expérimenter toute une série de méthodes d’apprentissage. Cette réflexion semble être indispensable, notamment à l’heure de l’inflation législative qui rendrait les contours du droit de plus en plus flous.

C’est parce que le Maître de conférences est avant tout un enseignant, qui doit transmettre son savoir aux étudiants, qu’il va proposer la pédagogie la plus efficace possible pour satisfaire, une des raisons d’être de sa profession, l’étudiant !

Mikaël Benillouche passe en revue tous les aspects de l’enseignement, en commençant par la préparation des cours, en passant par la dispense des cours eux-mêmes et tous les aspects pédagogiques qu’ils doivent avoir et en terminant sur le suivi des étudiants.

Pour reprendre une à une ces étapes, Mikaël Benillouche fait une description détaillée de la préparation d’un cours. Un cours bien préparé est celui dans lequel l’enseignant s’investit, en s’imprégnant de la matière enseignée, notamment lorsqu’il ne la maîtrise pas. La préparation d’un cours se découperait en trois axes, la préparation, l’expérimentation et l’adaptation.

Le cours en lui même, pour l’auteur, doit être le plus interactif et vivant possible, il souligne la nécessité de ne pas dispenser un cours en se cachant derrières des notes, au risque de menacer l’attention des étudiants.

Ainsi, un des points important du livre, est le parti pris dans la méthodologie d’enseignement. Ses méthodes sont bien souvent en rupture totale avec les canons classiques répandus à l’université, avec des étudiants toujours passifs. En effet, la méthode du Maître de conférence est de rendre l’étudiant acteur du cours. Il prend l’exemple du « moot case » ou cas fictif en français dans lequel les étudiants au fil de l’avancement des séances du cours sont amenés à résoudre un scénario.

Un des autres piliers de sa vision de l’enseignement est certainement l’utilisation des nouvelles technologies, cela passe par les cours en e-learning, c’est à dire dispensés en ligne. Mais ce sont, pour l’auteur, les réseaux sociaux qui sont au cœur de l’enseignement, ils permettent d’entretenir des liens avec les étudiants, d’apporter des compléments d’informations, mais surtout il constate que les réseaux sociaux permettent, notamment dans les groupes d’entraides, de créer un véritable esprit de groupe entre les étudiants.

classe inversée
Illustration de la pédagogie 2.0 de type « moot case »

Mais ce sont surtout les visites des institutions de la justice, que Mikaël Benillouche organise, qui fondent tout l’apprentissage des matières enseignées. Autrement dit, il s’agit de donner aux étudiants une visualisation de ce qu’ils étudient, pour éventuellement concrétiser un futur projet professionnel.

Il faut, par ailleurs, savoir se mettre à la place des étudiants et cela implique, pour l’enseignant, de se renseigner sur les passions et les préoccupations des étudiants. C’est tout cela qui semblerait rendre son enseignement si singulier et efficace.

Enfin, le suivi des étudiants se matérialise autour des travaux dirigés dans lequel l’auteur nous livre les coulisses de la gestion des chargés de TD. Si le profil des chargés de TD rencontrés au cours de sa carrière sont assez variés, ils ont permis d’adapter toujours plus l’enseignement des cours magistraux au profit des étudiants.

 

III -Une expérience polyvalente entre enseignement public et privé

Un dernier point mérite d’être souligné, dans la continuité du précédent, c’est la polyvalence de la profession de Maître de conférences. Celle-ci ayant conduit notre auteur à expérimenter de nouvelles perspectives.

Néanmoins, s’il y a une entreprise dont l’auteur est fier, c’est sa prépa privée au CRFPA « Sup Barreau », dans laquelle il a pu mettre en application toutes les méthodes d’enseignement qu’il n’a pas pu mettre en œuvre à l’Université, faute de temps, d’organisation ou de financement suffisants. Il raconte que sa pédagogie au sein de Sup Barreau ne s’arrête pas aux séminaires, puisqu’il assure un véritable suivi des étudiants, en devenant parfois, pour ces derniers, un véritable confident.

C’est aussi l’occasion pour lui de pointer du doigt les dysfonctionnements des instituts d’études judiciaires (IEJ) en termes d’organisation, puisque les cours sont dispersés sur plusieurs mois, cassant ainsi le rythme de travail des étudiants.

Conclusion

En conclusion, que vous soyez étudiant se tournant vers l’enseignement ou tout simplement un étudiant, voire un professionnel curieux de connaître tous les mécanismes d’une fonction qui constituent le complément indispensable des praticiens du droit, c’est le livre qu’il vous faut !

Bien entendu, notre présentation ne se voulait pas exhaustive, pour vous laisser la surprise de la lecture qui, nous l’espérons, ne vous décevra pas.

Une contribution de Guillaume FLORI

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