[Tribune] Pour une pédagogie renouvelée !

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ADDENDUM : Les opinions et les jugements potentiellement émis dans cet article n’engagent que son auteur et non Lextudiant.

Maître de conférences des Universités et Directeur des Études de Sup Barreau, la pédagogie est au cœur de mes préoccupations…

A ce titre quelle est l’efficacité des cours d’amphi ainsi que des cours inversés ? Les nouvelles technologies peuvent-elles servir à la formation des étudiants ?

Je pars d’un constat : les cours d’amphi sont totalement inutiles tels qu’ils sont prodigués. Désormais, un enseignant seul assis à sa chaire prodigue un enseignement face à des étudiants qui prennent des notes sur leur ordinateur sans même le regarder. La pratique est à la fois moyenâgeuse et post-moderne. En effet, les cours d’amphi existaient déjà il y a bien longtemps, voire même avant le Moyen-Age. Par ailleurs, sur les ordinateurs des étudiants présents, de nombreuses fenêtres sont ouvertes et l’étudiant peut allégrement surfer sur internet, mettre à jour son statut Facebook ou se fendre d’un tweet pour commenter le cours. L’attention est donc très incertaine. Certes, tous les cours ne se valent pas et certains enseignants s’efforcent de rendre leurs cours interactifs.

A ce titre, je ne saurai que trop inciter le lecteur de cette tribune à consulter et à follow mon compte Twitter perso @MikaBenillouche.

S’agissant des cours inversés, pour lesquels les étudiants reçoivent un support antérieur, ils présentent d’évidents avantages, mais le nombre important d’étudiants rend le côté interactif assez illusoire du moins jusqu’en master.

S’il n’existe pas de méthode miracle, quelles mesures pourrait-on mettre en œuvre pour améliorer la pédagogie ?

A mon sens, tout d’abord, il faut des cours de culture générale. Enfin, des « cours », pas tout à fait. Je pense davantage à une mise en relation. Pourquoi ne pas se faire côtoyer des praticiens et des étudiants. De la sorte, au fur et à mesure, l’étudiant verrait quels débouchés l’intéresserait et quels seraient les moyens pour parvenir à cette profession. Il ne s’agit pas uniquement de faire venir des professionnels en cours mais aussi d’aller assister à des audiences, proposer de participer à des concours de plaidoiries, visiter des lieux de privation de liberté etc.

Ainsi, depuis plus de 10 ans j’organise des visites à la maison d’arrêt d’Amiens à destination de mes étudiants. De plus, Sup Barreau offre un cadre propice à l’organisation d’évènements comme le « combat des Légendes », une joute oratoire qui s’est déroulée à l’École de Formation du Barreau le 27 janvier dernier ou encore la conférence « être avocat » organisée à Aix et à Lille en décembre dernier avec des avocats de renom des barreaux pour lever les mythes autour de la profession. 

Ensuite, il est nécessaire que la méthodologie des exercices juridiques soit enseignée. A une méthodologie pragmatique succède une méthodologie appliquée à un cas concret. Il faut indiquer l’intérêt de l’exercice et surtout prodiguer tous les conseils aux étudiants. A ce titre, les nouvelles technologies peuvent être un support intéressant. Je dispense ainsi des conseils sur mon vlog à partir de vidéos interactives (chaîne YouTube personnelle).

Enfin le cours à proprement parler est à repenser. Il faut concevoir des supports pédagogiques complets avec des références jurisprudentielles et législatives et prodiguer un enseignement sans notes et en petit comité.

  • Sans notes ? Oui, l’enseignement doit être face à ses étudiants et dans une démarche proactive, il doit devancer les questions et redoubler d’explications lorsqu’il constate l’incompréhension des étudiants. Or, rien n’est plus évocateur que la tête d’un étudiant qui se relève parce qu’il ne comprend pas la phrase qu’il vient de noter.
  • En petit comité ? Face à un amphi, l’enseignant est conduit à gérer le nombre ce qui ralentit le cours et conduit à un rapport lors duquel il est difficile d’avoir une interactivité importante. En effet, à la moindre question, un brouhaha apparaît- les étudiants n’ayant pas entendu la question – et il faut parfois plusieurs minutes pour que le calme revienne. Avec un nombre moins élevé de participants, la place de l’interactivité se renforce, les étudiants s’écoutent les uns et les autres et la promotion s’auto-stimule.

Illustrer ces cours est chose aisée à partir des exemples d’actualités. A ce titre, j’anime également sur la chaîne YouTube de Sup Barreau des Flash Juris afin de traiter sous un angle juridique de l’actualité.

Enseigner est un sacerdoce, il faut repenser sa pédagogie pour s’adapter aux étudiants. J’aurai le plaisir d’animer plusieurs réunions d’information sur la pédagogie pratiquée au sein de Sup Barreau et notamment à Aix le 28 mars prochain.


Une contribution de Mikaël Benillouche, membre du Comité scientifique

 

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